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Un défi sportif est une aventure humaine qui vous fait connaître vos limites. Certains servent à se prouver qu’on est « cap », d’autres à repousser le toujours plus loin, toujours plus long, toujours plus vite, toujours plus haut, jusqu’à réaliser que notre corps n’est pas une machine, mais un don de la vie qu’il faut d’abord respecter. Laurence, ce vendredi 18 juin, est partie à la recherche de cette fameuse limite… L’a-t-elle trouvée? Certains veulent courir le marathon en moins de 2 heures, d’autres le 100 mètres en moins de 9 secondes, d’autres monter sur l’Everest sans oxygène en un temps record. Pour elle, il s’agissait de gravir le Chasseron depuis Vuiteboeuf, le plus de fois possible d’affilée sans longue interruption. Par passion de l’ultra trail et par plein d’autres motivations personnelles sans doute . L’originalité et la générosité de ce défi a été de faire sponsoriser son immense effort, au profit de la chaîne du bonheur , pour les lésés du COVID. Bravo Laurence et …Merci !

Place au récit de la protagoniste !

F.Schaefer

 

A quinze heures de l’après-midi, par un temps étouffant et tropical, je retrouve mon premier accompagnant Yann à Vuiteboeuf. La fontaine de Culaz était mon point de départ stratégique (la seule qui fonctionne sur tout le parcours !). A environ mi-parcours, avant Bullet, le ciel s’est assombri rapidement et des trombes d’eau suivies de grêle s’abattent sur nous et nous obligent à nous abriter. Arrivés au Chasseron sous une pluie battante, je dis à mon compagnon de route : « mais qui sont ces enfants hurlants au sommet ? » Oups … c’étaient Fabienne et Valérie qui m’encouragent.

 

Arrivée à la fin de la première descente, je reprends Michèle pour la deuxième montée. Fabienne, Claudine et David nous rejoignent à Bullet. Par les chemins ruisselants et les herbes trempées (une machette aurait été la bienvenue) je les laisse manger à l’hôtel du Chasseron et poursuit ma descente en récupérant Laurent à Bullet (mon précieux mari).

 

La troisième montée commence avec le soleil couchant et en partie avec Catherine. Je me rends compte que l’USY est une bien belle famille. Catherine nous laisse à Bullet. Laurent et moi récupérons à la sortie de la forêt l’équipe jetée hors du restaurant du Chasseron pour la première montée de nuit. Jolie nouvelle expérience nocturne pour certaines. La troisième descente jusqu’à Bullet se passe en plaisantant sur l’évitement des escargots et des crapauds que l’on ne peut embrasser COVID oblige. A Bullet Laurent part dormir, quelques-uns rentrent en voiture et Michèle m’accompagne jusqu’à Vuiteboeuf.

 

La quatrième montée sera finalement la seule en solo pour moi. Bien que ravie de ces moments de convivialité passés et à venir, cette partie de nuit solitaire est aussi mon petit moment d’introspection. Je vis un magnifique coucher de lune orangée, je ne crains plus les yeux des vaches qui brillent dans la nuit (je dois les ennuyer plus qu’autre chose avec ma frontale) et je m’émerveille devant les plantes qui prennent des reflets argentés avec la lumière de ma lampe. Je suis amusée par les pas qui font trembler le sol et qui font rentrer dans la terre tous les vers qui guignaient dehors. Je réveille Laurent pour la fin de la quatrième descente depuis Bullet. Une belle compagnie pour la fin de la nuit et un magnifique lever de soleil en amoureux.

 

Les chamois qui batifolent au sommet finissent de nous émerveiller. Dans la cinquième descente où la fatigue et le retard commencent à s’accumuler, je retrouve Céline à Bullet et fais plus ample connaissance avec une passionnée de course à pied et presque voisine.

 

Dans la sixième montée, me rejoint à Bullet ma chère coach Apolline. Je profite de remercier Apolline et Elisa de VO2Sport pour me suivre et me guider dans la préparation de mes aventures. On a souvent besoin de garde-fous, non ?

Dès le retournement et l’amorce de la sixième descente, au sommet, mon genou gauche me montre que le corps a ses limites … Je ressens alors comme des coups de couteau dans la chair pendant une bonne partie de la descente. Un Dafalgan en chemin, un arrêt au stand à Bullet, le mouvement, des automassages atténuent la douleur. L’anecdote, c’est que je m’étais fixée comme minimum six montées et descentes … C’est le début de la lutte physique et mentale contre la douleur. C’est aussi ça l’ultra trail. Les mots d’encouragement d’Apolline et les discussions me font oublier le genou, mais les mouvements en descente deviennent un peu galère.

 

Quelle chaleur à Vuiteboeuf pour cette septième montée où se joignent ma masseuse Claudia et son mari Cédric et Michèle pour sa deuxième montée. Apolline nous laisse à Bullet. A la septième descente, avec un genou de plus en plus douloureux, se rajoute un début de périostite à la jambe droite et des dessous de pieds et orteils en surchauffe. Je découvrirai plus tard après ce périple six cloques sous les doigts de pieds. Arrêt au stand à Bullet où je suis chouchoutée par Michèle et Claudia qui me strappent mon genou. Laurent nous rejoint à ce moment-là.

 

La douleur étant supportable en montée, mais après quelques cogitations, j’entame tout de même ma huitième. Je prends le temps de m’arrêter et de souper et c’est à ce moment-là que j’aperçois deux gazelles qui descendent en trombe. Laurent reconnait leur style et les appelle : « Stéphane, Philippo ! » Je découvre in extremis qu’ils ont profité de s’entraîner dans le coin en espérant me croiser. Malheureusement je ne croiserai pas Elodie qui était aussi venue me voir. Quelques échanges et encouragements, puis ils poursuivent leur descente. Je repars avec Laurent. Avec le doute et les douleurs qui s’installent, j’ai de plus en plus de peine à mettre un pied devant l’autre. Le tendon d’Achille droit s’ajoute au cortège des autres douleurs. Fatiguée par tous ces éléments et ne voulant pas compromettre mes projets futurs je décide de m’arrêter au sommet de la huitième montée.

 

Je suis très satisfaite de mon défi. Huit montées était la moyenne espérée. Je souhaitais faire dix montées descentes pour battre mon record de dénivelé et de distance, mais il faut aussi s’écouter. La descente du sommet au parking me conforte dans l’idée que je n’avais pas vraiment d’autre choix que d’arrêter l’aventure.

Le bilan humain de ce défi est au-delà de mes espérances. Je n’ai jamais été seule sauf sur une montée et descente, j’ai fait de nouvelles connaissances et j’ai des amis plus que précieux. Un merci particulier à Laurent sans qui tout cela ne serait pas possible. Merci à tous mes accompagnants, merci à l’USY et à VO2Sport pour cette bonne préparation.

 

Quelques anecdotes sur la fatigue :

  • Un tronc marqué de jaune et orange qui se transforme en ouvrier bucheron (en plein jour).
  • Une racine qui se transforme en escargot gigantesque
  • Un brossage de dents avec du gel pour cheveux en guise de dentifrice (me suis trompée de tube dans la trousse à pharmacie).

Bilan chiffré :

  • Huit montées, sept descentes (et un peu plus).
  • Dénivelé positif : 8140m., le Nanga Parbat culmine à 8160m. Ce n’est pas l’Everest espéré, mais le neuvième plus haut sommet mondial.
  • Dénivelé négatif 7315m.
  • 96 km
  • Heures, pauses comprises (sans dormir) : 29
  • Tourniquets : 210

 

Laurence

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