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Une expérience de vie unique, des jours vécus plus près du ciel où l’on se rend compte que l’argent ne fait pas le bonheur et que le partage dans sa plus grande simplicité rapproche les gens de tous horizons.

Cette terre rouge qui colle partout reste ancrée dans les esprits de ceux qui l’ont foulée.

 

Si tu aimes la course tu n’as pas peur de la fatigue car elle t’amènera au bonheur.

Merci à Gilles Vaucher de nous faire voyager au Kenya.

Bonne lecture.

Filippo Pisano

 

Le Kenya, un endroit que l’on s’imagine à travers les réseaux sociaux et les récits des personnes qui y sont allées. Et quand on se décide enfin à y aller c’est comment ? C’est ce que je vais essayer de vous partager dans ce texte.

 

Trois février, jour du départ : un petit groupe de Muzungu (blancs/étrangers) formé de Bruno, Meldin et moi-même se dirige en direction du Kenya et plus précisément d’Iten « The home of champions » en faisant d’abord escale à Frankfort puis à Nairobi après un vol de jour de 8h30 (on commence déjà à travailler une qualité indispensable au Kenya, la patience). On passe « la nuit », trois heures, à Nairobi puis on retourne à l’aéroport pour prendre notre troisième et dernier avion du périple direction Eldoret. Un chauffeur de Matatu (mini-bus taxi) nous prend direction d’Iten et marque le début de l’immersion dans la culture kenyane.

 

Premier choc pour moi qui n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie, la façon de conduire … Déjà ça roule à gauche, ok c’est particulier, mais surtout ils conduisent comme s’ils avaient plusieurs vies et ça je ne pense pas que ce soit un héritage colonial. Pour l’anecdote, durant le trajet notre chauffeur s’est d’un coup excité pour nous dire de prendre des photos. J’ai rapidement sorti mon téléphone sans comprendre pourquoi, et là il dit : « Regardez un cheval ! » (Animal rare au Kenya). Comme vous pouvez vous en douter ça nous a bien fait rire. Une autre chose qui nous a fait sourire sur le trajet sont les policiers qui sont parfois présents le long de la route. Ils ont fait signe à notre chauffeur de s’arrêter, il les a klaxonné et leur est passé à côté sans envisager une seconde la possibilité de s’arrêter. Bref, on a quand-même réussi à rejoindre Iten en vie tout en ayant eu la chance de voir un cheval et des poulets kenyans !

 

Sur place on a logé au « Children center » de l’association Simba for Kids crée et dirigée par Julien Lyon, un très bon coureur suisse installé au Kenya depuis déjà plusieurs années. On a été super bien accueilli par Julien et les autres « stagiaires » du centre. Ces autres résidents qui prennent d’ailleurs une place importante dans le séjour. Les distractions n’étant pas très nombreuses (ce qui fait vraiment du bien), il se crée vite une sorte de cohésion de groupe et les discussions autour des repas sont vraiment des supers moments de partage.

En parlant de repas … C’est comme pour l’altitude, il faut une petite phase d’acclimatation mais ensuite ça se passe très bien. Au niveau gastronomique, on a aussi eu la chance d’avoir Helen Bekele Tola (éthiopienne basée à Genève, 2h21 au marathon) comme résidente en même temps que nous et qui nous a fait goûter de nombreuses spécialités éthiopiennes en plus de l’ougali (farine de maïs mélangée avec de l’eau) et des chapatis (sorte de crêpe assez grasse) kenyans. Je crois d’ailleurs que Meldin a encore en tête la texture d’une boisson à base d’eau, de farine et de sucre concoctée par ses soins. Pour ce qui est des restaurants à Iten, il y a deux astuces à connaître : 1) Toujours demander ce qu’ils ont de disponible parmi les choix de leur carte car ils n’auront sûrement pas ce que vous choisirez. 2) Prévoyez 45 minutes d’attente, « Polé Polé » comme on dit là-bas. Toutefois, on a eu le droit à l’exception qui confirme la règle en se rendant dans un restaurant n’étant pas destiné aux Muzungu. En effet, après avoir essayé de commander trois plats qu’ils n’avaient pas sur leur carte, on a enfin trouvé quelque chose de disponible (on ne connaissait pas encore l’astuce numéro 1). Le serveur a pris nos cartes et … est directement revenu avec nos assiettes. Ils ont donc mis trente secondes à cuisiner notre riz et le bœuf qui l’accompagnait, ça doit être l’altitude qui accélère les cuissons ! Bon … à 2 frs le repas on ne va pas chipoter.

Ce n’est pas tout mais à la base je suis allé au Kenya pour sa culture de la course à pied et pas pour sa cuisine !

 

Dès notre arrivée au centre Julien Lyon nous a proposé d’aller courir avec Helen et son groupe d’entraînement en fin d’après-midi. On s’est donc directement retrouvé à courir avec un groupe de 20 kenyan(ne)s pour un footing dans les fameux chemins en terre rouge d’Iten. En rejoignant le groupe, ils nous ont directement salué avec des sourires et beaucoup sont venus nous taper dans la main alors qu’on est des coureurs du dimanche par rapport à eux (tout au long du séjour, j’ai trouvé vraiment fou la sympathie qu’avaient les coureurs kenyans pour nous et ne me suis jamais senti jugé par rapport à mon niveau). Quelques secondes après le départ, on a pu se rendre compte qu’ils débutaient leur footing vraiment ultra lentement (pour eux), soit 6’/km, ce qui nous arrangeait bien. On ne savait pas encore que le footing allait se finir à 4’25, qu’il n’y aurait pas un mètre de plat, des cailloux à gogo et que les 2400m d’altitude allaient nous donner l’impression d’avoir perdu un poumon. Bref, on a passé un super « footing » totalement immergé dans le monde de la course à pied kenyan et ses magnifiques paysages.

 

Notre premier réveil à Iten a été assez matinal, 5h20, Kemboy notre chauffeur de matatou préféré est venu nous chercher à 5h45 au centre pour nous emmener à la fameuse route de Moiben juste avant le lever du soleil. Une route de 21km de long, au bitume parfait, longeant en partie un gigantesque domaine privé où des girafes ont été introduites. Cette route à 25 minutes d’Iten est fameuse car elle est l’une des rares routes en bitume mais surtout parce qu’elle est relativement plate (ce qui comme on avait pu le constater le premier jour, est rare dans la région) et qu’un très grand nombre d’athlètes de très haut niveau y sont présents chaque jour. Le trafic y est quasiment absent, c’est comme si cette route était privatisée pour les coureurs et leurs matatous qui les suivent. Pour ce deuxième entraînement au Kenya, on se retrouve donc dans une ambiance juste incroyable, entourés d’une centaine de coureurs, avec une lumière du jour qui peine à passer par-dessus la colline qui longe la route, ajouté à ça la discrétion et la concentration des athlètes dont on entend uniquement les pas.

Le calme avant la tempête.

En effet, ils préparent des séances plus indécentes les unes que les autres comme par exemple 38km progressif entre 3’50 et 3’20 pour Helen et son groupe ou 15km à 2’55 pour le gagnant des 10km de Valence, tout ça à 2200m d’altitude… On se lance donc sur notre séance avec d’autres membres du centre qui sont venus avec nous, les Kenyan(ne)s et athlètes européens d’élite nous dépassent peu à peu. Malgré une vitesse peu soutenue on ressent déjà largement l’altitude. Après 7km, le groupe d’Helen nous dépasse, je prends « leurs roues » pour tenter de mettre un peu de rythme et vivre en partie ce pourquoi j’étais venu : pouvoir m’entraîner aux côtés de groupes de Kenyan(ne)s et d’athlètes de haut niveau. Je fais 3km avec eux dans une sorte de transe commune et me résous à les laisser partir pour ne pas me brûler. Rien qu’après cette matinée, je savais que je n’avais pas fait le déplacement pour rien.

Quatre jours après notre arrivée, nous sommes allés à la fameuse piste en terre de Tambach pour y faire une première séance d’intensité. Mon dos se souvient encore du trajet, oui car petit détail, on a fait les 30 minutes de trajet à quatre sur une moto et le petit jeune a été mis tout à l’arrière ! Pour ce qu’il s’agit de notre séance, on a rapidement compris que se fixer des allures était impossible. Bruno et moi étions déjà au bord de la mort après notre premier 1200m et avons fait seulement 60% de la séance 25’’/km plus lentement que prévu. Bref, l’altitude une belle expérience !

 

Le dernier entraînement fait au Kenya est celui qui m’a procuré le plus de plaisir. Nous nous sommes rendus à Eldoret et plus précisément au Kipchoge Stadium. C’est la seule piste accessible à tous gratuitement dans les environs. En arrivant sur la piste, seulement une dizaine de Kenyans étaient présents. Une fois l’échauffement terminé, nous étions déjà plus de 150. J’ai pu partager cette séance avec Helen et son lièvre (il est très fréquent que les femmes professionnelles aient un ou plusieurs lièvres). 12*800m pour elle, 12*500m pour moi, le tout à 20km/h. Elle m’avouera après la séance, tout en riant de mon visage rouge écarlate, que c’était une séance relativement facile pour elle.

En dehors des quelques séances de qualités que nous avons faites ou tenté de faire malgré l’altitude, on a surtout profité de ce cadre idéal et de nos journées peu remplies pour faire beaucoup de footings, parfois deux par jour. Les parcours en terre, le dénivelé omni présent et l’altitude font vraiment que les footings tranquilles sont super agréables et que les jambes les supportent très bien. Il y a une infinité de parcours possible donc zéro risque de s’ennuyer. En revanche, si vous n’avez pas le sens de l’orientation, il va falloir le développer si vous ne voulez pas vous perdre car tout se ressemble.

 

En bref, la course à pied au Kenya c’est de la bombe. Entre l’ambiance (des coureurs littéralement partout), les paysages, le climat (14 à 18 degrés tôt le matin et 20 en fin de journée), les parcours et le bus qui te suit sur tes séances de qualité pour te photographier et te donner les ravitaillements, tout est là pour prendre du plaisir sur chaque séance.

 

Au-delà du sport, ce voyage a aussi été une claque sur le plan humain. La pauvreté y est visible mais pas autant que pour d’autres pays. Par contre, au fur et à mesure des discussions avec Marie Lyon, la maman de Julien Lyon, on réalise à quel point le manque d’argent n’est pas l’unique problème. L’alcoolisme est un vrai fléau là-bas et beaucoup de parents dépensent le peu qu’ils ont dedans plutôt que pour payer le loyer. La polygamie y est standard, du coup beaucoup d’enfants ne voient jamais leur père. Les enfants issus de milieux défavorisés sont souvent très sales car forcément ils n’ont pas l’eau courante. L’accès à l’école n’est également pas facile pour tous car l’uniforme y est obligatoire mais il est trop cher pour certains. Malgré cela, les Kenyans ont toujours le sourire et sont vraiment très simples et accueillants. On peut se balader dans la rue en toute sécurité, même si forcément notre couleur de peau attire un peu leur regard.

 

Pour ce qui est des possibilités touristiques, il y en a de nombreuses dans la région. Néanmoins, il faut souvent compter un jour complet voir davantage pour visiter ces lieux. Il y a notamment l’ascension du mont Kenya (5199 m) et du mont Elgon (Ouganda, 4321m) qui sont possibles pour les passionnées de montagne. Nous, on s’est contenté de la visite de la cascade de Torok située à 25 minutes d’Iten, 1h30 de marche (aller) bien escarpée au milieu de rien où on s’est rapidement rendu compte qu’on avait complètement sous-estimé la quantité d’eau à prendre avec nous. Après, 1h de marche dans les cailloux en plein soleil, on a commencé à voir le décors complétement se transformer avec beaucoup de végétation et de plantations au fur et à mesure qu’on se rapprochait de la cascade. Une cascade qui sert en fait grâce à des tubes en plastiques improbables attachés les uns aux autres d’immense système d’irrigation à tous les habitants de cet endroit sorti de nulle part. Après 1h15 de marche, le parcours s’apparente plus à de l’escalade qu’à de la marche, cette difficulté faisant dire à un de mes camarades de galère assoiffé : « Imagine en haut il y a une belle blonde en bikini ». Je vous laisse imaginer ce qu’on a trouvé au pied de la cascade en arrivant … Pas une, mais trois femmes en maillot de bain dont une (belle) blonde en bikini. Je m’arrête là pour l’anecdote beauf mais c’était assez drôle sur le moment. Après 10 minutes au pied de la cascade, on a également été surpris par d’autres êtres vivants. En effet, de magnifiques et flippants singes avec des longues canines nous regardaient depuis le bord de la falaise. Je vous épargne le récit de la descente même si c’était magnifique.

 

En bref, une belle aventure cette cascade de Torok ! Je recommande mais faites le tôt le matin et avec beaucoup d’eau si vous ne voulez pas mourir.

Voilà ! Malgré que je n’aie pas tout raconté (les massages kenyans, le cours de vélo donné à des écoliers, les moments de jeu et de sport avec les enfants du centre, la rencontre avec Eliud Kipchoge, etc.), je vais m’arrêter là dans le récit de mon aventure kenyane pour ne pas plus vous ennuyer. J’espère que ce texte vous aura fait voyager et/ou donné envie d’y aller !

 

Avant de finir, je souhaite remercier Bruno et Meldin de m’avoir permis de partager cette expérience avec eux, l’association Simba for Kids et les personnes qui étaient présentes au centre pour le séjour de folie et les moments de partage, et finalement Stéphane et Filippo de m’avoir encouragé à y aller. Ça a réellement été l’expérience la plus marquante de ma vie jusqu’ici !

 

Merci de m’avoir lu et à la prochaine !

 

Gilles

 

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